Montage

Montage et mutations technologiques

Cet axe est le prolongement logique de celui sur l’épistémologie et l’identité du cinéma, puisqu’il examine un exemple concret mettant en lumière certains enjeux clés de l’histoire technologique et de l’identité du cinéma. Le choix du montage n’est pas fortuit : il s’agit d’un intérêt de recherche majeur dans la carrière d’André Gaudreault. C’est aussi une notion capitale dans la façon de concevoir la spécificité du cinéma. Cet axe vise à mesurer l’impact des technologies sur les modes de segmentation, de fragmentation et d’assemblage des films, mais aussi, par extension, à décrire la relation qu’entretient la technologie avec l’esthétique et l’articulation narrative des films.

À nouveau, un rapprochement entre le cinéma des premiers temps et le cinéma numérique sera tenté, de manière à poser les fondations théoriques d’un nouveau modèle de pensée du montage qui soit ancré dans une approche panhistorique. La Chaire vise à évaluer comment les avancées technologiques ont encouragé, d’une part, le développement du montage narratif dans les années 1900 et, d’autre part, la conflagration des pratiques de montage institutionnelles dans les années 2000, mais interroge également, et inversement, la façon dont les contingences artistiques et industrielles ont encouragé le développement technologique. L’innovation technologique et l’innovation artistique relèvent en effet d’un processus mutuel d’échanges et d’adaptations. C’est pourquoi nous nous penchons aussi bien sur les technologies elles-mêmes que sur les discours techniques, professionnels, populaires qui les entourent, de manière à mettre en relief cette dynamique particulière.

Depuis plusieurs années les travaux d’André Gaudreault ont contribué à éclairer l’histoire du montage, mais jamais encore sous l’angle de la technologie. La résurgence actuelle de la problématique technologique incite cependant à revisiter cette histoire, en s’arrêtant sur les multiples technologies afférentes ou périphériques au montage. Dans quelle mesure les nouveaux dispositifs affectent-ils réellement la pratique du montage ou répondent-ils à des demandes formulées par des praticiens? Un questionnement similaire est proposé pour ce qui concerne l’arrivée du montage non linéaire. D’une part, afin de valider différentes assertions répandues qui n’ont jamais été examinées à la loupe historique, comme celles qui avancent l’effritement de la causalité narrative ou la résurgence de procédés « attractionnels » typiques du cinéma premier (boucle, apparition-substitution, plan long) dans les films montés de façon non linéaire. D’autre part, la confrontation du passé et du présent permettra d’étoffer et de donner de la teneur au modèle conceptuel vers lequel tendent d’ailleurs tous les travaux de la Chaire. Toute l’originalité de ce modèle, en effet, réside dans les connexions qu’il permettra d’établir entre l’histoire passée et l’histoire actuelle du montage.