Épistémologie

Épistémologie des techniques et des technologies du cinéma

Cet axe vise à étudier les discours sur les techniques et technologies du cinéma tels qu’ils ont été formulés par les établissements de transmission des savoirs culturels (musées, cinémathèques, écoles, revues, bibliothèques, etc.), en tenant compte de leur évolution depuis l’avènement du cinéma jusqu’à l’ère numérique.

Si cet axe contribue inévitablement à parfaire une histoire technologique encore fragmentaire, le but principal d’un tel télescopage temporel n’est pas de tracer une filiation simpliste entre deux périodes marquées par l’arrivée d’une nouvelle technologique majeure (le dispositif du cinéma photochimique et le cinéma numérique). En effet, s’il est un acquis de la recherche sur le cinéma des premiers temps qu’il est nécessaire d’intégrer à notre compréhension des médias numériques, c’est bien de ne pas le concevoir comme un objet autonome, mais comme un objet multiple, au croisement de plusieurs séries culturelles, technologies et institutions. L’archéologie des médias ne pense pas l’histoire en termes binaires ou généalogiques, mais cherche à créer de nouvelles continuités, en se frottant à des sources souvent négligées. Aussi, cet axe ne s’intéresse pas à la dimension strictement « matérielle » de la technologie, mais plutôt à sa dimension épistémologique, et cherchera dans diverses manifestations discursives certains motifs récurrents permettant d’expliquer la place qu’occupe la technologie dans la façon de concevoir le cinéma, de l’enseigner et d’en écrire l’histoire.

Pourtant centrale chez les premiers commentateurs du cinéma, la question technique s’étiole durant le processus d’institutionnalisation du cinéma, jusqu’à céder le pas à d’autres enjeux, tels que les films, les auteurs et les courants. Confinées aux milieux des collectionneurs et des praticiens (cinéastes, monteurs, directeurs photo, enseignants, etc.), les préoccupations techniques semblaient avoir déserté le discours scientifique sur le cinéma. Il faudra attendre l’arrivée du numérique pour que la technologie réapparaisse avec force dans les discours sur le cinéma. Dans la foulée du numérique, en effet, voilà que les caméras, projecteurs, supports de diffusion, effets spéciaux, et autres redeviennent des objets dignes d’investigation. Qu’est-ce qui explique cette résurgence? Se peut-il que la technologie soit la catégorie épistémologique qui incarne le mieux l’idée d’innovation et, qu’à cet égard, elle permette plus aisément de donner forme aux craintes et aux aspirations qui accompagnent tout changement d’envergure? Est-ce que, pour reprendre le modèle de la double naissance des médias, ces discours sur la technologie jouent un rôle nécessaire dans le passage de la période intégrative du nouveau média à celle de son autonomisation institutionnelle? Que contiennent les premiers discours qui commentent l’impact des technologies cinématographiques sur la formation d’une approche disciplinaire et sur les pratiques d’enseignement de celle-ci? En ce sens, la Chaire s’intéresse aux discours qui commentent l’impact des technologies sur les pratiques culturelles déjà établies, ainsi qu’à ceux qui anticipent leur impact futur, avec appréhension ou utopisme.